Le travail du courage

Code Stage : PSY201

Equivalence UE

Responsable

Publics et conditions d'accès

Aucune formation préalable en philosophie n'est nécessaire pour s'inscrire à ce cours.
 
 

Objectifs

L'étude de textes empruntés à la tradition philosophique (des Grecs à nos jours) et confrontés à des analyses critiques contemporaines issus des champs de la clinique du travail, des sciences humaines et du politique, servira de base à un travail de déconstruction critique des représentations contemporaines du courage, au sein des nouvelles organisations du travail.

Programme

L’intitulé du cours renvoie aussi bien à la définition du courage mobilisable dans chaque situation de travail qu’à celle de son dynamisme interne et de sa mise à l’épreuve permanente. Le courage ne saurait, en effet, relever d’un acquis ou d’une compétence certifiée. Il est tout autant génie de la persévérance qu’art des commencements (Jankélévitch, 1983). Originellement défini comme contradiction dynamique entre ardeur et mesure, principe d’unification des éléments épars d’un bouillonnement affectif, en tant que thumos, le courage est toujours enfant d’une situation Jamais absolu, il demeure pourtant une vertu faisant l’objet des plus hautes attentes et exigences. Cela non sans nourrir quelques fantasmes moraux et politiques. Or, le courage ne peut pas tout. Il est lui aussi vulnérable. Et ce, aujourd’hui, pour au moins trois raisons : l’impensé androsexué de sa conception (Hamraoui, 2002) – en tant qu’instrument symbolique de la domination masculine ; sa difficulté, dans le contexte de la mise en œuvre de « politiques de l’inimitié » (Mbembe, 2016), à s’affirmer comme alliance de la fermeté d’âme et de la générosité (Spinoza, [1677] 1993) conditionnant la possibilité d’une politique de l’amitié ou démocratie ; enfin, le court-termisme qui l’empêche de se muer en imagination d’un avenir commun pour l’humanité. A ces raisons contrariant le travail de sensibilité en lequel consiste le courage – ce qui l’oppose au travail d’insensibilisation lié à la mise en œuvre de stratégies de défense (Dejours, 1998 ; Tillich [1952] 1999), ou encore, à la lâcheté – s’ajoute l’effet inhibant de l’action de trois autres facteurs. Tout d’abord celui de l’engagement des sujets au travail dans une quête d’infini (celle de l’atteinte d’objectifs de production humainement inaccessibles) ou d’idéal (Dujarier, 2006) faisant d’eux des sujets psychiquement « endettés » (Lazzarato, 2011) ; celui de la « brutalité rationnelle » (Sassen, [2014] 2016) des rapports sociaux actuels, combinée à la logique d’« accélération » (Rosa, 2011, 2013) des rythmes de vie et de la transformation de la subjectivité en « espace de compétition et de concurrence » (Dardot & Laval, 2009, 2010). D’où l’abrutissement et la tenue en échec du sujet, jugé coupable de n’en faire jamais assez, irrémédiablement lent et vulnérable – avec l’usage de la métaphore mécaniste d’une insuffisante « résilience ». Comment dès lors concevoir la manifestation du courage et du désir même de l’expérience de celui-ci, compris comme puissance de vie ? Puissance échappant au piège du besoin de reconnaissance : « Celui qui fait un acte de courage, disait, en effet, Plotin, n’a pas conscience qu’il agit en conformité avec la vertu de courage, au moment où il accomplit son acte » (v. Hadot, 1997).

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